Fête de la musique Yalley à l Institut Français, 22 ans après
Le rituel de la fête de la musique aura lieu, comme tous les ans, demain mardi 21 Juin 2016. Un fait majeur : John Kyffy se produit, à cette occasion, à l Institut Français (ex-CCF). Et cela, 22 ans après son premier test grandeur-nature, consécutivement à la sortie de son premier album, au mois de mars 1994
Joli casting que celui de John Kyffy pour la fête de la musique, le Mardi 21 Juin 2016, à L Institut Français. Le « Zêzê pop man » va fouler la scène de l ancien Centre Culturel Français, à la faveur de ce rendez-vous annuel. «Il faut que les gens viennent redécouvrir l artiste qu ils ont vu à cet endroit, en 1994. C est dans le même espace que ça va se passer. Mais entretemps, l artiste s est bonifié. Et selon les événements, il crache du feu. Voici un moment tout aussi spécial où il va montrer des choses spéciales », a confié John Yalley, le jeudi dernier, lors du lancement du site internet de l Institut Français. Que va proposer le dépositaire du « Zêzê-pop » aux 600 privilégies, témoins à cette performance annoncée ?
En 1994, John Yalley avait déboulé avec son groupe, « Les Kyffyz », sur la scène de l ancien CCF. Le chef de de la tribu des Kanégnon avait alors inoculé un show d un type assez spécial jamais réalisé, alors par un artiste ivoirien. Que s est-il passé ce soir-là ?
Pour la première fois dans l histoire de la musique ivoirienne, un artiste du pays débarquait avec des « musicos » Blancs. Excepté le bassiste Camerounais Hilaire Penda, l ossature des Kyffyz s organisait ce soir-là autour de vrais « requins » de studios, à la dextérité hallucinante.
Il y avait ce soir-là, sur la scène de l ancien CCF : Hervé Boufartigue (clavier), Jean François Kelner (guitare solo), Vincent Ségal (violoncelle), Mathieu Rabanté (batteur). Cette liste de « tueurs » était naturellement complétée par le bassiste Hilaire Penda, le seul mec à la tronche farcie par les rayons du soleil brulant d Afrique. Ce soir-là, John Yalley avait ouvert la brèche d une expérience musicale féconde. Avec sa voix aérienne, on l a vu transporter les élus de la salle, sur autre dimension céleste. On l a vu et entendu faire voyager l assistance au plus profond de la culture Bété. Là où les chants poétiques allégoriques s entremêlent pour construire des fresques saisissantes. Adossé aux puissants groove de ses musiciens, heureux de participer à cette grande première en terre ivoirienne, le Kyffyz (l aigle) avait tout simplement réussi son premier vol plané, avec brio. Ses chants- rituels trempés dans le « Tohourou » et le « Logbotouweli » avaient rendu cette expérience musicale très féconde. Le prétexte était ainsi tout trouvé pour le natif de Babré (Gagnoa) de se lancer à la reconquête des mélomanes Ivoiriens, eux qui l avaient humilié au stade de Bouaké, dix ans auparavant. Ce soir-là, Yalley et son band avaient déroulé le premier album des Kyffyz. « Lélédji », « Pélé-pélé », « Lago Djokpa », « You Honon », « Kouyou », les titres phares de cet album, avaient été bien rendus par des musiciens révoltés. On a pu apprécier les méchants rifts du soliste, Jean- Francois Kelner. Que dire des puissantes nappes de clavier d Hervé Boufartigue ? Et plus particulièrement des sons de l inattendu violoncelliste, Vincent Ségal ? Tout un régal
Yalley remettait ainsi les pendules à l heure. Effaçant ainsi sa déconvenue de Bouaké, en 1985, qui restera l unique tâche noire de sa brillante carrière.
Le temps est passé. Avec ses effets corrosifs. La puissance machine du « Zêzê-pop » s est disloquée. Le groupe a volé en éclats, juste après la première démo sulfureuse de l ancien CCF. Les « Kyffyz » des débuts ont pris chacun leur route. John Yalley est devenu John Kyffy. Tout comme l ex-CCF qui, apres une mue et un arrêt d activités a fait peau neuve pour devenir l Institut Français. 22 ans après, l artiste retrouve la même scène située au c ur du Plateau. L artiste a-t-il les mêmes ressources et les mêmes motivations pour enflammer le même espace ? La réponse mardi, à la fête de la musique.
Moses DJINKO
