jeudi 5 août 2010 Mis à jour à 18h 21mn par mastermix

Boni Gnahoré “Ma fille, j’en suis fier”

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Boni Gnahoré Transfuge du Village Kiyi de la prêtresse Wèrè Wèrè Liking-Gnépo

Transfuge du Village Kiyi de la prêtresse Wèrè Wèrè Liking-Gnépo, Boni Gnahoré a débuté une carrière solo au début des années 2000 avec à son actif plusieurs albums. Mais, ce que l’on sait moins, c’est que le maître tambour est le géniteur de la star internationale, Dobet Gnahoré. Récemment à Abidjan pour les fêtes de fin d’année, il a bien voulu se prononcer sur la nomination de sa star de fille au Grammy Awards.


• Dis-nous l’objet de ta présence à Abidjan ?

- Ce sont les vacances en quelque sorte. Quand j’ai un bout de temps, je viens voir la famille restée ici. Je profite pour voir mes enfants et fêter avec eux. Et par la grâce de Dieu, cette année, ma fille Dobet était en concert (ndlr, la nuit des étoiles le 2 janvier) à Abidjan. Donc, on s’est retrouvés en famille. Cela a été une bonne occasion de fête et de vacances.

• Tu es désormais établi en France ?

- J’ai une petite base en France. Je ne peux pas dire que je me suis définitivement installé en France. J’y suis momentanément. Puisque j’ai des activités de formation dans une école et que j’ai des étudiants qu’il faut encadrer et former. Mon emploi du temps est donc lié aux vacances scolaires. Lorsqu’il y a des congés scolaires, je suis en vacances et quand il y a des reprises, je retourne en France. Je suis professeur de percussion et de chant à Strasbourg dans une école de musique. A côté de cela, je donne des concerts. Par exemple, à parti du 25 janvier, on entame une tournée. Voilà mes activités en France. Ma présence là-bas n’est pas définitive.

• Cela fait déjà trois ans …

- On ne peut pas compter. On ne peut pas dire que je suis en France pour tel nombre d’années. Je n’ai pas signé de contrat avec qui que ce soit. Si vous viviez là-bas, vous sauriez qu’on ne peut pas raisonner en ces termes. Pour nous les artistes, ce n’est pas une question de rester définitivement là-bas ou non. Un artiste doit être un peu partout dans le monde. Quand j’étais à Abidjan, tous les deux mois j’étais en France ou ailleurs…

• Alors Strasbourg, c’est aussi par hasard ?

- C’est une ville que j’ai connue et aimée. Pour moi, en France, on est mieux à Strasbourg. Paris est trop dense, tout y va vite. Je n’aime pas cette ville. J’aime la tranquillité. Et Strasbourg, c’est une très belle ville calme. C’est le carrefour européen de la culture par excellence. Tout y est réuni notamment en matière d’art. Je suis arrivé là-bas en 1989 avec la création Soundjata de Justin Amoro. Nous étions quatre du Village Kiyi à avoir été sollicités pour cette création. Et depuis ce jour, la ville m’a marqué. J’ai eu des amis là-bas, j’ai même eu une fille dans cette ville avec une alsacienne. Quand j’étais à Abidjan, lors de mes tournées en France, j’allais faire deux ou trois semaines à Strasbourg pour voir mes amis qui aiment bien la percussion.

• Boni Gnaoré fait une musique assez particulière. N’est-il pas curieux de choisir la France comme base pour une musique, dite de recherche ?

- En Afrique, vous n’avez pas beaucoup de producteurs de spectacles. Parce qu’en réalité, les artistes vivent de spectacles, de la scène. Les CD vont disparaître et les sons seront vendus sur Internet. Et si tu n’as pas ce côté spectacle, tu ne peux pas vivre. Pour un artiste comme moi, je dois vivre pleinement de mon art. Je dois avoir des activités à plein temps. Dans mon pays et en Afrique en général, il n’y pas ces structures-là. Il faut se battre, il faut avoir un ami à la présidence ou haut placé pour avoir « un gombo ». C’est trop compliqué. Ce n’est pas une vie pour un artiste. Avec mon niveau, en Europe, j’ai droit à ce qu’on appelle les droits intermittents de spectacles. Cela veut dire que, même si je ne joue pas, je suis payé par mois en tant qu’artiste. Cela n’existe pas en Afrique. ça fait trois ans que je suis intermittent de spectacles. Parce que j’ai besoin de vivre de ça. Les Français ont compris qu’un artiste de mon niveau mérite d’avoir une couverture d’intermittent de spectacles. Et ça n’existe pas à Abidjan. Tout ce qu’on peut faire pour un artiste ici, c’est de dire qu’il joue bien. Mais ça ne nourrit pas Boni Gnaoré.

•••

- Les gens peuvent penser ce qu’ils veulent bien. Mais, ce n’est pas à nous artistes de faire ce travail d’organisation. Nous avons un ministère de la culture. Je peux donner des informations sur ce qui se fait ailleurs. Ce que je vis là-bas, je peux le conseiller aux décideurs de la culture ici. Pas plus. C’est à eux de faire ça. Aujourd’hui, je vois sur le marché, les CD compil de Boni Gnahoré. Je fais quoi avec ça. Tous ces éléments mis les uns dans les autres, font que nous ne pouvons pas venir nous asseoir ici pour nous regarder dans les yeux. Il faut que je puisse vivre de mon métier. Et Dieu merci, ce que je gagne m’a permis de construire ma maison qui sera bientôt achevée.

• A ce rythme, tout le monde finira par s’installer en France…

- Et ce sera dommage pour notre culture. Mais, c’est pour cela que je dis que je reviens… Ce ne sont pas les artistes qui vont changer les choses. C’est aux autorités de réglementer le secteur.

• Qu’enseignes-tu à tes étudiants européens ?

- Toujours la percussion et les voix. Je suis officiellement dans une école de danse. Ce n’est pas des cours de tam-tam que je donne dans des écoles (avec un rire en coin). Non ! C’est officialisé, j’ai mon salaire par mois, j’ai mes étudiants. J’ai mes horaires de cours. A côté de ça, si j’ai des concerts, je demande la permission à mes responsables. Je pars et je reviens. Je rattrape les cours manqués.

• La musique de Boni Gnaoré intéresse-t-elle vraiment les européens ? Si oui, pourquoi tu n’as pas encore intégré une major ?

- Ça les intéresse beaucoup. Alors, pourquoi pas dans une major ? Je réponds que pour l’instant, c’est le début. Aujourd’hui, en France, c’est comme à nos débuts au Kiyi en 1984. Personne ne nous connaissait. On a trimé pendant des années avant qu’on nous décou-vre. Petit à petit, je me fais connaître, je fais découvrir ma musique à ceux qui ne la connaissent pas. Mais, si on reste dans notre coin, on ne nous verra jamais encore moins ce que l’Afrique sait faire le mieux. C’est aussi notre devoir de véhiculer l’art africain dans le monde. Nous sommes restés longtemps en Afrique, il faut explorer le monde.

• Ta fille (Dobet), visiblement, elle a pu s’intégrer…

- Elle a eu Colin, son mari, qui était mon guitariste ici. Et ensemble, ils ont commencé à faire leur duo. Et petit à petit, ç’a payé. C’est le travail qui a payé. Les «qu’en-dira-t-on » ne payent pas l’artiste. Seul le travail. Et voilà comment elle a pu s’insérer là-bas. Elle a commencé en France et non ici.

• Hier, Angélique Kidjo, Kadja Nin, aujourd’hui, Manou Gallo, Dobet Gnahoré… Elles ont dû épouser un européen pour intégrer ce milieu. Ceci explique-t-il cela ?

- Je ne peux pas dire que c’est la raison principale de leur rayonnement. Mais, quelque part, ça compte, parce que le blanc connaît son pays, les circuits porteurs. Il sait ce que ses concitoyens aiment… (il rit). Moi, je ne compte pas marcher avec un blanc ou une blanche pour réussir. Il faut avoir de la conviction dans ce qu’on fait et avoir de l’espoir que ce qu’on fait soit béni par Dieu. Mais, j’admets que ça apporte quelque chose. L’amour entre deux personnes donne toujours une énergie. Mais, ce n’est pas à 100%. Et ma fille n’est pas allée avec Colin pour réussir. C’est loin de là. Peut-être, ils ont réussi parce qu’ils sont ensemble.

• On te le concède. Elle est aujourd’hui nominée aux Grammy Awards…

- Oui ! Cela nous fait tous du bien. C’est le travail et le travail bien fait qui paye. C’est vrai, cela ne m’a pas surpris, parce qu’elle travaille beaucoup et bien. Je suis fier et content pour cette nomination.


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Par Claude Kipré & O. A. kader
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claudekipre@yahoo.fr
omar_tani@yahoo.fr

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